
PRÉAMBULE
Se constituer une collection de disques à partir de rien peut être à la fois extrêmement plaisant et un brin intimidant. Cela peut aussi coûter plus cher qu’autrefois, car ce format autrefois considéré comme « mourant » a fait preuve d’une résilience remarquable depuis sa résurgence amorcée en 2007. Il existe tellement de disques formidables qu’il est tout simplement impossible de tous les couvrir, tous genres confondus. Pour cette série, je concentrerai donc mon attention sur la pop, le rock et la soul, en commençant par les années 1960.
Pour inclure le plus de titres possible, je ferai l’impasse sur mes habituelles analyses de chansons et de son, et me contenterai d’indiquer les informations essentielles sur le label et le genre musical. Dans certains cas, je recommanderai aussi une réédition offrant une qualité sonore supérieure. La plupart de ces pressages devraient sonner à merveille, à condition de disposer d’un bon système audio. Si vous ne trouvez pas le pressage suggéré ou s’il dépasse votre budget, optez simplement pour une autre édition. Une simple visite sur la base de données de Discogs ou chez votre disquaire local vous montrera à quel point les prix peuvent varier, allant de quelques dollars à plusieurs milliers, même si la majorité des pressages coûtent moins de 200 $US, et la plupart sous la barre des 80 $US. Notez que le prix n’a que peu de rapport avec la qualité sonore ou la valeur musicale : il est généralement lié à la rareté, à l’état du disque et aux lois de l’offre et de la demande.
En ce qui concerne les disques d’occasion, il existe une convention d’évaluation bien établie — similaire à celle du monde de la bande dessinée — qui classe l’état du vinyle et de la pochette à l’aide d’abréviations, avec « M » (mint) et « NM » (near mint) en tête, représentant des exemplaires scellés ou « comme neufs ». Vient ensuite « VG+ » (Very Good Plus), qui indique une usure légère ou la présence de quelques « ticks » et craquements. Ce sont, dans une certaine mesure, des évaluations subjectives, mais qui méritent d’être prises en compte. Personnellement, j’ai tendance à éviter tout ce qui est classé « VG » ou en dessous.
On me demande souvent s’il vaut mieux opter pour un pressage original ou pour une réédition de qualité. Malheureusement, il n’y a pas de réponse toute faite. Les adeptes des originaux (ou « OGs ») soutiennent que les bandes maîtresses étaient fraîches et en parfait état à l’époque, ce qui permettait de capturer dans le vernis et les premiers pressages toutes les micro-informations qu’elles contenaient. Cela se défend, surtout quand on sait que certaines formulations de bandes se détériorent avec le temps. En revanche, autrefois, les ingénieurs de gravure filtraient souvent les basses les plus profondes afin d’éviter que les cellules bon marché ne sautent hors des sillons. Les bonnes rééditions contournent généralement ce problème, avec des graves plus profonds et des aigus plus étendus — parfois au point que ces derniers deviennent si détaillés qu’ils peuvent sembler analytiques. Parmi les meilleurs labels de réédition/remastering (par ordre alphabétique) figurent : Acoustic Sounds/Analogue Productions, Classic Records, Craft Recordings, DCC, Music Matters, Rhino, Tone Poet (Blue Note) et, bien sûr, celui qui a lancé le mouvement en 1978 : Mobile Fidelity Sound Labs (MoFi, MFSL).
Après près de 50 ans d’expérience avec le vinyle, ma conclusion est qu’il s’agit d’un cas par cas, plutôt que d’un consensus clair… Comme le dit le proverbe, à chacun ses goûts.
Une dernière précision : en ce qui concerne l’analogique versus le numérique, à l’exception de quelques enregistrements classiques et jazz réalisés vers 1978-1979, tous les enregistrements originaux des années 1960 et 1970 ont été enregistrés, mixés, masterisés et gravés entièrement en analogique.
Bonne chasse !
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1966
Après le milieu des années soixante, les drogues psychédéliques ont envahi non seulement les esprits, mais aussi la musique. Elles ont transformé la perception de nombreux musiciens, leur permettant d’explorer de nouvelles facettes de la composition, de l’improvisation et des structures musicales, tout en intégrant la musique indienne et les modes du Moyen-Orient dans la pop, le rock et le folk. Les chansons ont ainsi commencé à s’allonger, les albums sont devenus le format dominant, tandis que les versions mono et stéréo coexistaient encore dans les rayons des disquaires. Pendant ce temps, Memphis et Motown régnaient sur les palmarès soul. Alors que le garage rock et le proto-punk traçaient leur propre voie, le mouvement anti-guerre du Vietnam, en constante expansion, ouvrait la porte à des chansons de protestation qui faisaient écho dans les rues.
Premier album du duo folk Simon & Garfunkel, Wednesday Morning, 3 A.M. n’a rencontré aucun succès à sa sortie. Suivant les traces du troubadour folk devenu poète rock Bob Dylan, le producteur de Columbia Tom Wilson a ajouté une guitare électrique et une section rythmique à l’enregistrement acoustique original du duo « The Sounds of Silence ». Son intervention s’est révélée déterminante, propulsant la chanson au sommet du Billboard Hot 100 en janvier 1966.
34- Simon & Garfunkel – Sounds of Silence. Columbia – CS 9269 (1966, janv.), 33 1/3 tours. Genre : folk rock, pop rock.
En février, le succès des Supremes se poursuit avec leur huitième album studio, I Hear a Symphony. Composé et produit par le légendaire trio d’auteurs-compositeurs et producteurs Holland–Dozier–Holland, il comprend la chanson-titre ainsi que « My World Is Empty Without You », tandis que le reste de l’album est principalement constitué de reprises.
35- The Supremes – I Hear a Symphony. Motown – MS 643 (1966, fév.), 33 1/3 rpm. Genre : ‘Motown sound’, pop-soul, pop baroque, R&B.
Les chanteurs Cass Elliot, Michelle et John Phillips, ainsi que Denny Doherty, formaient le pilier central des Mamas & the Papas. Des musiciens de studio, dont le flûtiste Bud Shank, complétaient la formation sur le premier album du groupe, qui regroupait leurs deux plus grands succès, « California Dreamin’ » et « Monday, Monday », lançant une vague de sunshine pop.
36- The Mamas & the Papas – If You Can Believe Your Eyes and Ears. Dunhill – DS-50006 (1966, fév.), 33 1/3 rpm. Genre : folk rock, pop rock, sunshine pop.
Menés par le chanteur Arthur Lee, les Love de Los Angeles - ainsi que le Paul Butterfield Blues Band - ont été parmi les premiers groupes de rock à signer avec Elektra Records, près d'un an avant la sortie du premier album des Doors. Moins connu du public que les Doors, le premier album éponyme de Love comprend quatorze courts morceaux mêlant folk rock, garage rock, rock psychédélique et R&B.
37- Love – Love. Elektra – EKS-74001 (1966, mars), 33 1/3 rpm. Genre : folk rock, garage rock, rock psychédélique, R&B.
Le duo soul formé de Samuel Moore et Dave Prater, plus connu sous le nom de Sam & Dave, sort son premier album en avril, avec la chanson-titre. Ils sont accompagnés par Booker T. & the M.G.’s, les Mar-Key Horns, Isaac Hayes et d’autres musiciens maison du label Stax.
38- Sam & Dave – Hold On, I'm Comin’. Stax – SD 708 (1966, avr.), 33 1/3 tr/min. Genre : Memphis soul.
Quatrième album des Stones, Aftermath marque la maturité créative du groupe, avec un répertoire exclusivement composé de titres originaux, contrairement aux albums précédents qui mêlaient reprises et compositions. Influencés par l’album Rubber Soul des Beatles, les Stones y explorent des instruments atypiques pour le rock, tout en s’éloignant de leurs racines blues. Bien qu’enregistré aux studios RCA de Hollywood, l’album est d’abord paru au Royaume-Uni sur étiquette Decca en avril, suivi d’une version américaine chez London Records en mai. Cette dernière est à privilégier, puisqu’elle s’ouvre sur le morceau psychédélique aux accents de raga-rock et de sitar « Paint It Black », absent de l’édition britannique. Les deux versions incluent toutefois « Lady Jane » et le soul « Under My Thumb ».
39- The Rolling Stones – Aftermath. Decca – SKL 4786 ou London Records – PS 476 (1966, avr.), 33 1/3 tours. Genre : raga rock, rock psychédélique, blues rock, pop baroque, soul.
Originaires de Los Angeles, les Seeds sortent leur premier album en avril. Ce disque de douze titres inclut leurs deux premiers singles classés au palmarès, « Can’t Seem to Make You Mine » et l’entraînant « Pushin’ Too Hard », tous deux parus en 1965. Il mêle rock garage, rock psychédélique et proto-punk. Le groupe était composé de Sky Saxon, Rick Andridge, Cooker, Daryl Hooper et Jan Savage.
40- The Seeds – The Seeds. GNP Crescendo – GNPS 2023 (1966, avr.), 33 1/3 tours. Genre : rock garage, rock psychédélique, proto-punk, acid rock.
Ayant débuté leur carrière en 1961, les Beach Boys ont dominé les palmarès avec une musique de surf légère et festive, ainsi qu’un rock « hot rod » plein d’énergie. Cette trajectoire prend un virage décisif en mai 1966 avec la sortie de Pet Sounds, production révolutionnaire de Brian Wilson, qui explore la pop expérimentale, le psychédélisme et la pop progressive. Avec des morceaux comme « Don’t Talk (Put Your Head on My Shoulder) », « God Only Knows » et le titre d’ouverture « Wouldn’t It Be Nice », l’album exercera une influence profonde sur les œuvres suivantes des Beatles.
41- The Beach Boys – Pet Sounds. Capitol – G 918 (1966, mai), 33 1/3 tours. Genre : pop progressive, pop de chambre, pop psychédélique, art rock.
Quatrième album des Temptations, Gettin’ Ready comprend deux grands succès signés par des auteurs-compositeurs et producteurs différents : l’énergique « Get Ready », de Smokey Robinson, et le soul « Ain’t Too Proud to Beg », de Norman Whitfield, qui allait bientôt prendre en main la direction artistique des futurs albums du groupe.
42- The Temptations – Gettin’ Ready. Gordy – G 918 (1966, juin), 33 1/3 rpm. Genre : soul, Motown sound, R&B.
Originaire du Hampshire, en Angleterre, le quatuor de rock garage connu sous le nom des Troggs a connu un immense succès avec « Wild Thing », une chanson écrite à l’origine par Chip Taylor et d’abord enregistrée par les Wild Ones, avant que Jimi Hendrix n’y apporte sa touche bien à lui.
43- The Troggs – From Nowhere. Fontana Records – STL 5355 (R.-U.) (1966, juillet), 33 1/3 tours. Genre : rock garage, pop rock, proto-punk.
À cette époque, les Yardbirds avaient déjà publié plusieurs albums, mais Yardbirds, aussi connu sous le titre Over Under Sideways Down, est le seul à voir le guitariste Jeff Beck jouer sur l’ensemble des morceaux. L’album mêle rock psychédélique, influences orientales, blues et jazz.
44- The Yardbirds – Yardbirds – Columbia – SCX 6063 (UK) (1966, juillet), 33 1/3 tr/min. Genre : rock psychédélique, rock garage, blues rock, blues, beat, folk rock, pop expérimentale, raga rock, R&B britannique.
Lassés de se produire dans de vastes stades, les Beatles mettent fin aux tournées afin de se consacrer pleinement au travail en studio. Enregistré entre avril et juin puis paru en août, Revolver révèle le groupe à l’apogée de sa créativité, explorant des genres jusque-là rarement associés au rock, tels que la musique de chambre, la musique indienne, ainsi que des styles électroniques, avant-gardistes et basés sur l’échantillonnage. Cet album de quatorze titres inclut des morceaux singuliers comme « Taxman », l’introspectif « Eleanor Rigby », les enjoués « Good Day Sunshine » et « Got to Get You into My Life », le ludique « Yellow Submarine » et, pour clore le disque, l’inclassable « Tomorrow Never Knows » — un morceau hautement original, expérimental, psychédélique-électronique, saturé de drones, qui à lui seul mériterait un chapitre entier.
45- The Beatles – Revolver. Parlophone – PCS 7009 (UK) (1966, août) 33 1/3 rpm. Genre : rock garage, pop baroque, pop de chambre, art rock, folk rock, raga rock, musique indienne, music hall, pop, R&B, soul, psychédélique, électronique, avant-pop, avant-garde, musique concrète.
Le neuvième album des Supremes comprend deux grands succès signés par le trio H-D-H : « Love Is Like an Itching in My Heart » et la version originale de « You Can’t Hurry Love », reprise par Phil Collins en 1982.
46- The Supremes – The Supremes A’ Go-Go. Motown – MS 649 (1966, août), 33 1/3 tours. Genre : ‘Motown sound’, pop-soul, R&B.
Deuxième album de The Seeds, A Web of Sound pousse encore plus loin l’intensité acide avec des morceaux comme « Mr. Farmer » et « Tripmaker ». La deuxième face comprend le titre « Up in Her Room », une pièce de 14 minutes — encore rare à l’époque.
47- The Seeds – A Web of Sound. GNP Crescendo – GNPS 2033 (1966, oct.), 33 1/3 tours. Genre : rock garage, rock acide, rock psychédélique, proto-punk.
The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators est le premier des trois albums du sextuor texan formé de Roky Erickson, Stacy Sutherland, Tommy Hall, Benny Thurman, Ronnie Leatherman et John Ike Walton. Peu connu du grand public à l’époque, il s’agit du tout premier album à inclure le mot « psychédélique » dans son titre. Le disque mêle sonorités psychédéliques, blues, garage et folk rock. La pochette du vinyle constitue également un excellent exemple de l’influence du psychédélisme sur le monde de l’art.
48- The 13th Floor Elevators – The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators. International Artists – IA-LP-1 (mono ou stéréo) (1966, oct.) 33 1/3 rpm. Genre : rock psychédélique, rock garage, acid rock, R&B.
Un autre quintette, les Blues Magoos du Bronx, partageait une expérience acide similaire. Sorti presque en même temps que The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators, le premier album des Blues Magoos, Psychedelic Lollipop, compte également parmi les tout premiers à inclure le mot « psychédélique » dans son titre. Cet album de dix morceaux s’ouvre sur le succès « (We Ain’t Got) Nothin’ Yet ». Le guitariste Emil « Peppy » Theilhelm n’avait alors que seize ans. Le reste du groupe était composé de Ralph Scala aux claviers et au chant, Ron Gilbert à la basse et au chant, Mike Esposito à la guitare, et Geoff Daking à la batterie et aux percussions. La pochette du disque, elle aussi, est haute en couleur.
49- Blues Magoos – Psychedelic Lollipop. Mercury – MG-21096 (mono) ou SR 61096 (1966, nov.), 33 1/3 tours. Genre : rock psychédélique, rock garage.
Formé à Londres, Cream est considéré comme le premier supergroupe et le tout premier trio de power rock, devançant de justesse le Jimi Hendrix Experience de deux mois. Avec Jack Bruce à la basse, Eric Clapton à la guitare et Ginger Baker à la batterie, le groupe a sorti quatre albums en un peu plus de deux ans. Leur premier opus, Fresh Cream, est paru en fin d’année, à la fois au Royaume-Uni et aux États-Unis. La version américaine s’ouvre sur « I Feel Free », que je considère comme le morceau le plus fort de l’album, et que la version britannique avait initialement omis. La réédition DCC de 1996, remastérisée et gravée par Kevin Gray et Steve Hoffman, inclut cette piste ainsi que trois morceaux bonus, et bénéficie d’un son très équilibré et agréable. L’album mêle blues rock et rock psychédélique.
50- Cream – Fresh Cream. Reaction – 594001 (1966, déc.), DCC Compact Classics – LPZ 2015 (1996), 33 1/3 tours. Genre : blues rock, rock psychédélique.
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